L’histoire du bungee est pleine de rebondissements. Inspiré d’une cérémonie pratiquée au Vanuatu, ce loisir extrême doit son existence à quelques têtes brûlées qui sautaient illégalement dans les années 80. Aujourd’hui, cette activité à sensations est une des plus populaires de la planète. Découvrez comment un rite ancien est devenu un sport apprécié par des millions de personnes.
Sommaire
Le Naghol, l’ancêtre du saut à l’élastique
À l’origine, le saut à l’élastique est une pratique rituelle, profondément enracinée dans la culture des habitants de l’île de Pentecôte, dans l’archipel du Vanuatu, en Océanie. Ce rituel, connu sous le nom de Naghol ou saut du Gol, est bien plus qu’une simple performance sportive. C’est une cérémonie initiatique marquant le passage à l’âge adulte. Depuis des siècles, les membres de la tribu construisent des tours en bois imposantes, parfois plus de 20 mètres de hauteur. Avant de sauter dans le vide la tête en bas, ils attachent des lianes à leurs chevilles, soigneusement sélectionnées pour leur élasticité naturelle. Ce saut revêt une signification symbolique, démontrant le courage et la virilité des jeunes hommes qui s’y soumettent.
Aujourd’hui encore, ce rituel est pratiqué chaque année, attirant de nombreux curieux et touristes du monde entier. En 1961, David Attenborough a documenté ce rite dans un reportage diffusé sur la BBC.
En 1979, l’Anglais Chris Baker fait le premier bungee jumping
Le saut à l’élastique moderne est né outre-Manche, en 1979. Un soir, David Kirke, Chris Baker, Ed Hulton et Alan Weston, quatre étudiants de la prestigieuse université d’Oxford, décident de pratiquer le saut de Gol en plein Bristol. Ils font partie d’une confrérie baptisée le Dangerous Sports Club, dont la vocation était de tester des sports à haut risque.
Le 1ᵉʳ avril, vêtus de smokings et de chapeaux haut-de-forme, ils se jettent au petit matin du pont suspendu de Clifton, en utilisant des cordes élastiques artisanales. Ce saut clandestin leur vaut une brève arrestation. L’un des membres, Chris Baker, aurait été inspiré par un documentaire sur les sauteurs du Vanuatu, visionné durant sa scolarité.
Par la suite, le groupe fait un nouvel essai du Golden Gate Bridge, aux États-Unis, où le saut est filmé par la télévision américaine. Le saut à l’élastique venait de voir le jour.
En 1987, le saut fondateur de AJ Hackett à la tour Eiffel
Si le Dangerous Sports Club a posé les bases du saut à l’élastique moderne, c’est le Néo-Zélandais Alan John Hackett qui l’a véritablement propulsé sur le devant de la scène. En 1987, pour protester contre le sabotage du navire de Greenpeace, le Rainbow warrior, par les services secrets français, Hackett a accompli un saut illégal depuis la tour Eiffel.
Ce geste spectaculaire, réalisé devant les médias du monde entier, attire l’attention à nouveau sur cette nouvelle discipline. Quelques années plus tôt, Hackett et son équipe avaient mis au point une nouvelle corde en latex, contribuant au développement du matériel de saut à l’élastique moderne.
Pour préparer ce saut, AJ Hackett, charpentier de formation, divise la hauteur du saut par quatre pour obtenir la longueur de l’élastique. Sûr de sa technique, il dépose un brevet et lance les premiers sauts à l’élastique commerciaux, les débuts d’une longue série.

1988, le premier site de saut à l’élastique commercial ouvre
L’engouement du public étant au rendez-vous, AJ Hacket cherche la bonne formule pour rentabiliser son activité. En 1988, l’homme d’affaires ouvre le premier site commercial dédié au saut à l’élastique en Nouvelle-Zélande, sur le célèbre pont de Kawarau, près de Queenstown. Le succès est immédiat. Cet endroit est devenu rapidement une référence mondiale des activités à sensation. Ce centre de saut, toujours en activité aujourd’hui, est considéré comme le berceau du saut à l’élastique moderne.
Par la suite, AJ Hackett ouvre un grand nombre d’autres sites de sauts à l’élastique à travers la planète, dont la tour de Macao, qui restera longtemps le plus haut saut à l’élastique du monde. Depuis 1990, sa société exploite le viaduc de la Souleuvre en Normandie. Le bungee a également rapidement conquis l’Hexagone.

L’essor du saut à l’élastique en France
Depuis la fin des années 80, le saut à l’élastique a connu un essor fulgurant en France. Face à l’engouement suscité par ce sport, de nombreux centres de saut ouvrent à travers le pays, principalement sur les ponts et les viaducs. Certains attirent des milliers d’amateurs de sensations fortes chaque année. Parmi eux, le pont de l’Artuby (182 m), situé dans les gorges du Verdon, est une destination incontournable.
Le bungee s’est progressivement démocratisé grâce aux efforts conjoints des professionnels et du ministère de la Jeunesse et des Sports, désireux d’encadrer cette pratique extrême. Aujourd’hui, le profil des sauteurs à l’élastique est extrêmement varié : il est aussi bien pratiqué par des seniors que par des adolescents. Cette activité à sensations fait aussi fureur chez les jeunes adultes, notamment dans le cadre d’un enterrement de vie de célibataire, renouant ainsi avec sa fonction initiale de rite de passage à l’âge adulte.
Sauter à l’élastique en solo ou en tandem aujourd’hui
Si le bungee a été lancé par quelques têtes brûlées, les meilleurs centres de saut à l’élastique en France obéissent désormais à des protocoles de sécurité très stricts. C’est le cas par exemple de ces spots :
Le viaduc de la Souleuvre, en Normandie
Aménagé sur un ancien ouvrage ferroviaire conçu par Gustave Eiffel, dont seules les piles en pierre subsistent, le viaduc de la Souleuvre accueille chaque année des milliers de sauteurs. Ce site est particulièrement apprécié pour son cadre et son éclectisme, puisqu’il propose différents types de sauts : une balançoire géante, une tyrolienne et un pont de singe.
Le pont de Ponsonnas, en Isère
Le pont de Ponsonnas est un ancien pont routier. Aujourd’hui utilisé exclusivement pour le saut à l’élastique, il domine la rivière du Drac, offrant une vue à couper le souffle sur les montagnes environnantes. Avec une hauteur de 103 mètres, il est l’un des plus hauts sites de saut à l’élastique en France, après le célèbre pont de l’Artuby dans le Verdon.
Le pont Napoléon, dans les Hautes-Pyrénées
Le Pont Napoléon, situé à Luz-Saint-Sauveur dans les Hautes-Pyrénées, est un ouvrage emblématique construit entre 1859 et 1863 sous le règne de Napoléon III. Ce pont en arc culmine à 90 mètres au-dessus du Gave de Gavarnie, offrant une vue imprenable sur les environs. C’est l’un des plus beaux spots de saut à l’élastique de France.
Au final, qui a inventé le saut à l’élastique ?
Difficile de désigner un seul inventeur, tant l’histoire du bungee est complexe. Si les guerriers du Vanuatu ont jeté les bases de cette pratique, ce sont quatre étudiants britanniques et un charpentier néo-zélandais qui ont popularisé le saut à l’élastique dans le monde. Aujourd’hui, ce sport extrême est à la fois un rite de passage, un défi personnel et une expérience inoubliable à vivre au moins une fois dans sa vie.