Interview d’Etienne Smulevici, pilote de rallye raid et recordman de participations au Dakar

Surnommé « l’Inoxydable Monsieur Dakar » dans le milieu de la course automobile, Etienne Smulevici, âgé de 72 ans, se prépare à participer à sa 39ème course du Dakar. Dans cet entretien, il revient sur la passion de sa vie.

Comment vous est venue la passion pour le rallye raid ?

Je me considère comme faisant partie d’une génération attirée par les sports mécaniques. Dans les années 1970, j’ai voyagé en Afrique et je suis tombé fou amoureux du continent. J’ai vraiment découvert les sensations extrêmes là-bas. En 1983, à la création du Paris-Dakar, je me suis dis : « Cette course, c’est une évidence ».

Je n’ai plus arrêté de courir et aujourd’hui je détiens le record de participations et de celui qui a terminé le plus de courses. Sur mes 38 participations, j’ai été 25 fois sur le podium.

Comment se prépare-t-on à une grande course comme celle du Dakar ?

On fait du sport toute l’année. 365 jours sur 365 jours. Moi, je pratique 1h30 de sport tous les matins. Une course rallye comme le Dakar, ça demande énormément de préparation physique. Ma routine c’est des échauffements, de la musculation spécifique notamment des avant-bras, des abdominaux et au niveau des cervicales. Le cardio-training en rameur ou en vélo fait partie de mon quotidien. Bien-sûr, après tout ça, il faut toujours finir par des étirements.

Etienne Smulevici 2012
Etienne Smulevici lors du 34ème Rallye Dakar en 2012 en Amérique du Sud.

On vous appelle et vous vous surnommez vous-même l’Inoxydable, pourquoi n’avoir jamais arrêté de courir ?

Pourquoi un vieux marin continue-t-il d’aller naviguer sur la mer ? Tant que j’aurai la santé physique, je continuerai à vivre de ma passion.

Vous avez beaucoup voyagé avec les courses, c’est aussi un des leviers pour continuer ?

Le voyage, c’est un peu la cerise sur le gâteau. C’est vrai que j’ai couru sur tous les continents. J’ai couru 10 ans en Amérique du sud, j’ai couru dans toute l’Europe, 2 fois en Australie… Grâce à ma passion et à mon métier de pilote, j’ai eu la chance de beaucoup voyager mais ce n’est pas un levier, c’est un des avantages de ma profession.

En plein Dakar

Quel est le meilleur véhicule que vous ayez pu conduire ? Quelle est la course qui vous a le plus marqué ?

Le prochain qu’on va me faire piloter ! (rires) Je pense que c’est le Mitsubishi px 33. C’était un vrai prototype de course avec un look des années 30. La voiture roulait à plus de 200 kilomètres/heure, elle était très performante. En moyenne, en rallye-raid, on fait du 100 km/h, entre les pointes à 200 km/h et les passages d’obstacles à 60 km/h.

Le Dakar de 1983 m’a beaucoup marqué car c’était ma première course. Après, il y a eu celle de 1986 qui est restée gravée dans ma mémoire. C’est dans cette course que Thierry Sabine, Daniel Balavoine et 3 autres personnes sont décédées. Je les connaissais tous les 5. Chaque année, le 14 janvier au Dakar, j’ai une pensée pour eux.

Y a-t-il souvent des accidents durant la course ? Vous-même avez-vous déjà été blessé ?

Il y a tous les ans des accidents mortels. Les motards sont les plus touchés. Il y a aussi la chance qui joue parfois. J’ai déjà été gravement blessé. C’était en 2004 pour le Rallye des Pharaons. J’ai été évacué par hélicoptère car j’étais blessé à la colonne vertébrale. J’ai mis environ 2-3 mois à m’en remettre. Mes amis me disaient : « Tu risques d’avoir peur de courir à nouveau ». Un mois avant le Dakar, j’étais au Maroc. Un soir, j’ai pris ma voiture et je suis parti dans le désert toute la nuit. Je voulais savoir si j’étais encore capable de rouler à fond dans le sable. Un mois plus tard, j’étais sur la ligne de départ du Dakar.

Etienne Smulevici
Le pilote est arrivé 2ème dans la catégorie camion du 39ème Rallye Dakar en Amérique-du-Sud.

Qu’est ce qui est le plus important pour vous dans ce sport ?

C’est l’esprit. Le premier adversaire, c’est le désert. Il faut savoir appréhender le terrain. Ça se fait beaucoup au feeling mais aussi grâce à l’expérience et à l’envie. Je me fais plaisir en roulant à fond dans le désert ou en franchissant des dunes immenses. J’aime ce contact fabuleux avec la nature. L’homme est tout petit face à la nature et au désert.

Dans ce sport, il y a vraiment de l’humanité et toujours de grands élans de solidarité. Quand un coureur demande de l’aide, on s’arrête pour l’aider. Ce n’est pas comme dans la boxe, le foot, le tennis ou tous ces sports. On est des humains confrontés aux éléments naturels. Je fais souvent le parallèle avec les navigateurs. Quand je discute avec mes amis marins, on est sur la même longueur d’onde : eux, ils font face à la mer, et moi, je fais face au désert.

Bien sûr, la course rallye raid, c’est aussi du challenge et beaucoup d’adrénaline. En 2017, j’ai tenté la course avec un camion pour découvrir d’autres sensations. Mais, ce qui est le plus important pour moi, c’est la satisfaction de bien rouler et aussi de pas abîmer la voiture. Aussi, on respecte la planète et on ne jette rien dans la nature. On est très lié aux éléments.

Aujourd’hui vous tenez une activité de pilotage des tout-terrain, vous en profitez pour partager votre passion avec les participants ? Quels conseils donneriez-vous à ceux qui hésitent à se lancer dans des sports mécaniques ?

En effet, mes moniteurs, je les ai tous formés et je leur ai appris la technique. Mais l’essentiel c’est de savoir accueillir et surtout de ne pas mettre en spirale d’échec les participants. Au contraire : toujours voir les bons côtés et miser sur la réussite. Le sourire ou la poignée de main quand un participant a fini sa randonnée ou son cours de pilotage et sa fierté quand on remet le diplôme : c’est ce qu’il y a de mieux.

On m’a proposé après 2017, de rentrer dans l’organisation de la course ou de faire du coaching. J’ai choisi la deuxième option. Depuis 2018, je suis Team manager, je coache chaque année des pilotes au Dakar. C’est vraiment une très belle activité. Je partage ma passion et je découvre des personnes aux qualités humaines exceptionnelles.

Si je dois conseiller des personnes qui veulent se mettre au pilotage rallye raid, je dois être réaliste en disant que c’est très dur. Pour une course, il faut trouver des sponsors. Ça demande beaucoup de préparation. C’est bien d’avoir du talent mais je pense que passer par une école, ça permet d’apprendre la technique et d’être mieux préparé. Toutefois, il faut aller au bout de ses rêves. La vie est courte, n’attendez pas que ce soit trop tard.

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